Historique de la podiatrie au Québec

Avant la législation

Il est difficile de déterminer avec exactitude les débuts de la podiatrie au Québec. Nul doute que les besoins en santé des pieds des Québécois ont toujours existé. Il y a peu d’écrits connus sur cette période de la profession au Québec.

Vers les années 1945-1950, l’après-guerre, les thérapeutes du pied sont devenus plus évidents dans nos sociétés. Presque absent ici au Québec, il y avait quelques individus formés aux États-Unis, ou de provenance Européenne qui sont venus s’installer et travailler au Québec dans ce secteur d’activité qu’est la santé des pieds. Certains européens se sont même trouvés une vocation de donner de la formation, qui à l’époque ne pouvait en aucun cas être associé à ce que nous connaissons aujourd’hui. Toutefois, quoiqu’on en dise ce fut là les très modestes débuts de notre grande profession.

Dans la décennie des années 60, période précédant la législation reconnaissant la profession de podiatre au Québec, il existait, au Québec, des associations de podiatres. Ces associations au nombre de trois regroupaient l’ensemble des praticiens qui avaient comme principale activité de travail, le traitement des pieds. Il convient de les nommer; l’Association des Podiatres de la Province du Québec APPQ, la Société de Podiatrie de la Province du Québec SPPQ et les Praticiens en Podiatrie de la Province du Québec PPPQ. Aujourd’hui ces associations n’existent plus. Elles auraient pu laisser des écrits, des procès-verbaux ou autres documentations relatant leurs activités, leurs buts, leurs réalisations, rien de tout cela existe de nos jours. Toutefois, un bref rappel historique pour chacune d’elles devient nécessaire. En effet, pour ceux et celles qui se souviennent de cette période, ils se rappelleront la grande vitalité des associations.

L’APPQ, comptait deux DPM, Dr. Claude Laliberté, DPM et Dr. Irving Kaufman, DPM. Ils auraient souhaité à l’époque que le gouvernement légifère sur la podiatrie. À cet effet, ils présentèrent en 1948 un Bill privé(projet de loi), lequel fut rejetté par le gouvernement. Il leur faudra attendre jusqu’à 1974 pour voir la légalisation de la podiatrie.

La SPPQ, regroupait environ une centaine de podiatres, non DPM. Fondée vers les années 1945 par M. Foch Melançon, podiatre et son frère, M. Alyre Desjardins, Mme Madeleine Brissette et M. Bernard l’Heureux, ces derniers tous podiatres. Cette association s’est démarquée par sa grande vitalité, particulièrement après les années 1965. Il faut souligner le dynamisme et le talent motivateur de M. Marc Desforges, podiatre, qui en fut l’un des présidents. En effet, les séminaires, congrès, formation académique adaptée, mise à niveau des connaissances en biologie, chimie, pharmacologie, sciences podiatriques, radiologie, etc. se succédaient sans répit.

Enfin la PPPQ, une association regroupant environ 150 praticiens, se voulait d’un tempo, dirons-nous, plus modéré. Un peu de rivalité gardait ces associations distantes. Toutefois, c’est avec la légalisation de la profession que tous se retrouvèrent au sein d’un même Ordre professionnel. Ce rapprochement forcé aura fini par aplanir les différences.

Ces associations n’ont pas eu une longue vie, une dizaine d’années tout au plus. Elles ont toutefois été le théâtre d’une première activité podiatrique sans précédent dans l’histoire de la profession. C’est avec elles que la profession de podiatre a vraiment commencé d’exister au Québec, nous sommes fin des années 1960. Le bilan des podiatres à ce moment aurait été à ceci près : 2 podiatres issus du milieu des États-Unis donc DPM, 250 podiatres affiliés aux associations professionnelles existantes et possiblement 200 à 300 autres, de toutes allégeances et non répertoriés. Ces derniers seraient plusieurs européens, là où cette profession est connue depuis longtemps et plusieurs autres québécois qui auraient pris des cours dans des écoles non réglementées ici au Québec. Les soins des pieds avaient à l’époque une certaine popularité, qui ne se rappelle pas de la célèbre clinique Wolfe, à Montréal, où plusieurs européens et québécois ont œuvré.

Dans la décennie des années 1960, plus particulièrement en 1967, c’était le temps de l’Exposition universelle de Montréal, mais aussi, au Ministère des Affaires sociales, la réforme du ministre Claude Castonguay, prenait place. Réforme importante dans le milieu de la santé. Instauration de la « carte soleil », que nous connaissons être la carte d’assurance maladie du Québec. La mise en place d’une structure administrative gouvernementale, l’Office des Professions voyait jour.

À l’époque, vers 1969, le ministre souhaitait reconnaître quatre nouvelles professions; l’audiologie, la denturologie, la chiropratique et la podiatrie. Cette nouvelle ne manqua pas de se répandre dans la communauté des praticiens qui rendaient des soins de pieds, stimulant d’autant plus les cours, les congrès, les mises à jour nécessaires dans le contexte d’une nouvelle profession et d’éventuels examens d’admissions à la pratique.

Ces associations en place poursuivaient un objectif commun, la reconnaissance de la profession et la meilleure formation possible de leurs membres.

Après la législation sur la podiatrie au Québec

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En 1973, la Loi sur la Podiatrie était décrétée. La Podiatrie venait de naître au Québec et le nom de podiatre, désignerait ce futur professionnel.

Dès lors, il fallut que l’Office des Professions du Québec, instaure un mécanisme d’admission à la profession. En effet, l’accès à la podiatrie n’était pas automatique, une clause « grand-père » ne s’appliquait pas au Québec. Encore fallait-il prouver avoir pratiqué avant une date antérieure à la loi, mais aussi fallut-il que tous ceux voulant accéder au nouvel Ordre professionnel se soumettent à un examen d’admission.

L’Office des professions reconnaissait les trois associations en place comme étant les interlocuteurs valables pour l’ensemble des podiatres. Aussi les experts examinateurs au nombre de trois ont été choisis, à raison d’un expert par association, dont Claude Laliberté, DPM, Marc Desforges, pod. et Jean-Guy Lambert, pod. Tous trois ayant été présidents de leurs associations respectives. S’enclenchait alors le processus d’examens, lequel fut pour plusieurs particulièrement difficile. Un nombre initial de 350 personnes firent une demande d’admission à la profession. Les candidats devront faire face à un processus d’examen exigeant et stressant pour des adultes sur lesquels reposaient la fin ou la poursuite de leur pratique. Cet exercice unique n’a pas fait unanimité toutefois cela permettait d’offrir au public du Québec un noyau de professionnels possédant les compétences minimales nécessaires à la protection du public. Un premier résultat admettait à la profession, à peine, 70 podiatres. Ce nombre fut jugé insuffisant, un programme de recyclage d’une année a permis à un groupe additionnel de 70 personnes d’accéder à la profession. Ce programme fut administré par le nouvel Ordre professionnel, sous l’égide de l’Office des professions du Québec. À la fin du programme, en 1974 l’Ordre des podiatres comptait donc dans ses rangs 140 podiatres, détenteurs d’un permis de pratique valide.

Le premier président de l’Ordre, nommé par l’Office des professions, Dr Claude Laliberté, DPM, devait faire face à une tâche d’envergure, la mise en place des règlements de l’Ordre des podiatres, entre autres. La gestion des affaires courantes de l’Ordre était, elle aussi, une nouvelle tâche à accomplir. Le terme du Dr Laliberté, à la présidence fut de courte durée, que quelques mois. C’est à Paul-André Mathieu, podiatre, que revint la tâche d’élaborer les premières structures réglementaires de l’Ordre des podiatres.

Un autre besoin fut rapidement identifié par l’Ordre, il fallait offrir un programme de formation académique permettant aux nouveaux podiatres, la possibilité de parfaire leur niveau de formation. Il fallait trouver un programme issu d’un milieu universitaire et adapté aux besoins de ces podiatres. À la quête d’un tel programme, l’Ordre des podiatres se tourna vers les collèges américains en podiatrie pour explorer si une telle structure académique existait. Le Collège de Médecine Podiatrique de New-York NYCPM, confirma qu’un tel programme de mise à niveau eut été donné dans le passé et pourrait être réactivé pour les podiatres membres de l’Ordre des podiatres du Québec, nous sommes vers la fin des années 1970. Sous la gouvernance de l’Ordre des podiatres, le Collège de Médecine Podiatrique de New-York réactivait ce programme et instaurait une structure académique dans laquelle le corps professoral complet du NYCPM fit part de ses enseignements podiatriques, ce sur une période d’une année, en 1982. La certification porta alors le nom de Advance Standing in Podiatric Medecine, ASPM. Ce programme fut hautement apprécié quant à la qualité de l’enseignement et la quantité des notions transmises.

Au fil des ans, la réglementation finit par s’achever, établissant par le fait même les devoirs et obligations des podiatres. Toutefois, quelques règlements demeuraient en attente d’une décision. Parmis ceux-ci, le règlement sur «la reconnaissance des diplômes étrangers » fut de loin le plus décisif pour l’avenir de la podiatrie au Québec. Le règlement établissait et reconnaissait, pour la première fois, qu’un diplôme étranger unique donnait ouverture à l’obtention d’un permis de pratique au Québec, ce diplôme était le Doctorat en Medecine Podiatrique DPM. Le gouvernement, par le biais de l’Office des Professions du Québec, venait de reconnaître que la podiatrie, au Québec, devait passer par la formation universitaire. Marc Tranchemontagne, président de l’Ordre, à l’époque, aura à donner son aval à la demande expresse et finale de l’Office des professions. La promulgation de ce règlement sera déterminante pour l’avenir de la profession, la voie sociétale était tracée. Ceci se passe au début des années 1990, presque 20 ans après la reconnaissance légale de la profession. Fait à remarquer, cette décision de l’Office des Professions et du gouvernement est aussi conséquence de ce que les podiatres du moment recherchaient désespérément, un portail d’accueil universitaire (voir plus loin : Historique et cheminement du dossier de la formation des podiatres).

Autre fait marquant de l’histoire de la podiatrie au Québec fut l’aventure internationale. Quoique l’administration stricte de la profession au Québec ne requiert pas de s’intégrer aux organismes nationaux tels que la Canadian Podiatric Medical Association CPMA ou internationaux Fédération Internationale des Podiatres FIP, www.fipnet.org plusieurs Ordres professionnels maintiennent des liens avec d’autres organisations sœurs de leur profession. Les Congrès Internationaux sont d’ailleurs obtenus par le biais de ces liens. En 1995 l’Ordre des podiatres du Québec adhérait à la Fédération Internationale des Podiatres FIP, un organisme regroupant 19 pays. Un but avoué était l’obtention d’un Congrès International pour le Canada, en podiatrie sous l’égide de l’Ordre des Podiatres du Québec. Congrès dont Montréal serait la ville hôte. Une procédure d’une dizaine d’années d’évolution et de consensus général des membres et des associations canadiennes. Le Congrès International de la FIP, prévu pour l’an 2000, fut à l’unanimité octroyé à l’Ordre des Podiatres du Québec lors d’une réunion générale annuelle des pays membres de la FIP, à Goteborg, en Suède, en 1995. Le Congrès se tiendrait au Palais des Congrès de Montréal, la directrice des marchés internationaux du Palais des congrès confirmera une retombée de trois millions pour la ville de Montréal.

Dans ces temps, s’installait au sein du bureau de l’Ordre des podiatres, des tensions extrêmement difficiles. Le 10 juin 1994, le bureau inscrira un vote unanime de non-confiance au poste de vice-président occupé par M. Gérard Allart, à l'Ordre des Podiatres du Québec, et demande, le cas échéant, sa démission. Les détails de ces épisodes figurent au livre des minutes d’assemblée du bureau de l’Ordre des podiatres. S’en suivait une série d’événements démesurés où le groupe Allart (père et fils) ont associé leurs énergies pour discréditer le président de l’Ordre. Une élection partielle élisait M. François Allart, Marc Gendron et André Benoit. L’Office réprimandera, par lettre, ces trois podiatres pour leurs façons de faire stupéfiante, lesquelles, ne respectaient pas l’exigence de vérité dont était en droit de s’attendre les podiatres dans un contexte d’élection. Dans cette missive, l’Office notera qu’ils auront aussi menti aux podiatres, dans un document à saveur électorale, à propos de M. Richard Morin, administrateur nommé par l’Office et représentant du public.

Pour revenir au Congrès international. Immédiatement suite à l’élection que remportèrent M. F.Allart, M.Gendron, A.Benoit, ce fut lors de l’assemblée générale annuelle internationale alors que le président , Mr.Marc Tranchemontagne, faisait office de Secrétaire Général international, que le bureau partiellement renouvellé se réunissait, sans celui-ci et décidait du retrait pur et simple du Québec de la FIP.

Dès son retour, le président, M. Marc Tranchemontagne, rendait sa démission expliquant aux électeurs les raisons motivant sa décision, la première étant reliée à des actes déloyaux, qu’il dénonçait. Après avoir cumulé quinze années au Bureau de l’Ordre dont les cinq dernières à la présidence, il n’était d’aucun intérêt de vouloir cheminer dans cette nouvelle administration. Le dossier universitaire et le Congrès international ont été des réalisations majeures. Heureusement, le dossier universitaire était, lui, solidement enclenché.

L’ex-vice-président déchu est devenu, paradoxalement, le président. Donc, c’est sous la présidence de M Gérard Allart que fut convoqué Mr Tranchemontagne pour venir expliquer les raisons qui militeraient en faveur du maintien du Congrès International. Déjà, brutalement retiré de la FIP, il ne fallait pas s’attendre à autre chose qu’un rejet du Congrès. A cette réunion, l’une des principales raisons évoquée, sinon la seule, en défaveur du Congrès fut, le risque que constituerait la venue de podologues étrangers potentiellement intéressés à pratiquer illégalement au Québec! Commentaire particulièrement odieux et cité dans un contexte biaisé de certains cas d’illégaux locaux, qui n’avait rien de connexe avec le prestige d’un tel congrès. Il n’en fallut pas plus pour comprendre que ni la FIP ni le Congrès n’intéressaient dorénavant ce bureau. Le Congrés International fut annulé, sans plus, de même que l’adhésion définitive du Québec à la FIP. Le Congrès perdu de Montréal, fut octroyé aux États-Unis, lequel l’a tenu à Boston en juillet 2004. Un rendez-vous international raté, pour Montréal, pour les Canadiens et surtout pour les podiatres du Québec. Aujourd’hui, les États-Unis sont membres de la FIP ainsi que les DPM membres du CPMA, dont François Allart, DPM, un autre paradoxe pour les Allart. Fait à remarquer les non DPM du Québec sont laissés pour contres. Le président international est un Américain!

Mr Marc Tranchemontagne, président de l’Ordre, à l’époque, fut reçu Ambassadeur Accrédité du Palais des Congrès de Montréal pour son accomplissement à l’obtention officielle d’un Congrès international Canadien en Podiatrie.

Dans le chapitre particulier de la formation universitaire, il aura fallu attendre 20 ans, après la création de l’Ordre des podiatres en 1974, pour que le fruit d’efforts concerté de plusieurs podiatres offre à la profession son espace universitaire. Je citerai M Erol Frechette, ex-président du Conseil Interprofessionnel du Québec: « Il importe que l’Université fasse sienne l’atteinte de l’objectif d’offrir la formation podiatrique au Québec »

Cette volonté universitaire fut confirmée, par lettre, à Marc Tranchemontagne, président, le 29 juin 1994. La podiatrie s'inscrivait dans la volonté de l'UQTR de développer des disciplines complémentaires à la carte des programmes de santé.

Le dossier devenait qu’universitaire. Le cheminement particulier de l’université consistait à franchir les étapes d’approbation : La Commission d'évaluation des projets de programmes de la Conférence des recteurs et des principaux des universités du Québec (CREPUQ). L'Office des professions devra émettre son avis quant à la conformité du programme aux lois québécoises relatives aux professions et à la santé. La recommandation du Comité des programmes du ministère de l'Éducation au ministre de l'Éducation d'autoriser, dans le cadre des règles budgétaires, le financement des effectifs étudiants du programme de doctorat en podiatrie élaboré par l'UQTR. Et enfin l’annonce ministérielle. Il faudra qu’un ensemble sociétal souhaite un tel programme en non seulement un Ordre professionnel.

Continuer (Historique de la formation universitaire de la podiatrie)

Par
Marc Tranchemontagne, podiatre
Ex-président, Ordre des Podiatres du Québec
1990-1995